Je suis migrant

By mayotte, novembre 12, 2015

C’est très étrange d’entendre aux informations les problèmes de flux migratoires actuellement en Europe. Les journaux jugent, les gens ont peur, on intervient sur les choses, les afflux de populations qui peuvent directement nous concerner, mettre en danger notre quotidien. On ne regarde pas plus loin que le bout de notre nez.

A mayotte, ces problèmes arrivent tous les jours et ce depuis de nombreuses années !

Des bateaux des iles des Comores remplis de migrants (ici on appelle ça des kwasa kwasa), il y en a tous les jours. Je n’ai pas vu une ligne dans les journaux télévisés. 9 000 km c’est aussi la France mais c’est loin, surement trop loin pour qu’on en parle ….

Ci-dessous des photos que nous avons pris, par hasard, sur un ilot alors que nous étions en plein pique-nique. Un bateau de « pêcheurs » est arrivé, des migrants (adulte et enfants) sont sortis de la forêt et on embarqués pour la dernière partie de leur périple.

Et des bateaux qui se renversent avec des morts, hélas ça arrive aussi. Le dernier en date (à l’heure d’écrire cet article), il y a 10 Jrs  :

 » Mayotte: Huit personnes, dont deux bébés, tuées dans un naufrage « 

Je ne cherche pas à dire si c’est « plus mieux pire » que la métropole. Je veux à travers cet article vous montrer un autre côté de cette ile, c’est aussi « ça » notre quotidien depuis notre arrivée.

Plus de la moitié des habitants de l’ile n’ont pas de papiers dont beaucoup d’enfants (souvent sans les parents, restés aux Comores).  Par exemple le collège en bas de chez nous, où j’ai enseigné une partie de l’année dernière : 70% des enfants scolarisés n’ont pas de papier. Et dire que c’est le plus grand collège « de France » : 2000 élèves !

Tous ces gens vivent (survivent?) dans des bangas en tôle.

Pour l’eau : il vont la chercher par bidon au puit.

L’électricité : branchement al’ arrach’.

Mangent par terre et la saison des pluies, ils jouent/trainent dans la boue.

Pourquoi je vous raconte aussi tout ça ? A cause d’un p’tit con de jeune, surement sans papier, qui a piqué 2 sacs sur une plage dimanche dernier, je ne vais plus pouvoir aller plonger pendant plus d’1 mois.

Les faits : On a passé l’après-midi sur une des plus belle plage de Mayotte. Tout le monde était parti à l’eau. J’ai alors vu ce jeune sortir de la forêt et voler les sacs de copains de copains (qu’on ne connaissait même pas). Sans réfléchir (c’est ce que je fais de mieux), je me suis mis à le courser espérant qu’il lâche les sacs. Au lieu de ça, du haut d’une petite falaise il fait dégringoler un caillou d’une dizaine de Kg en ma direction. Surement pour ralentir ma progression. J’ai eu un super temps de réaction en le voyant et, pour une fois, une vitesse de pointe pas trop mauvaise. Le caillou c’est ce qu’il y a de plus efficace : j’ai mis mes mains pour éviter de me le prendre sur la tête. Après les mains, le caillou a  continué sa course le long de ma jambe pour s’arrêter en contrebas. Fin de la course-poursuite. Avec 3 copains, on a cherché pendant presque 1 H les sacs dans la forêt, jusqu’à l’arrivée des gendarmes. Les voleurs abandonnent généralement les sacs dès qu’ils ont récupéré ce qui a un peu de valeur, pour le revendre et s’acheter … à manger. Pour l’instant il semblerait ne pas y avoir de trafics avec des bandes organisées à Mayotte, comme on peut trouver à Marseille par exemple.

Les conséquences de mes actes : 1 H à la gendarmerie, et 4 heures aux Urgences un dimanche soir.

Résultat des courses : 5ième métacarpe cassé et de multiples contusions à la jambe mais j’ai réussi à éviter les points de sutures, cool ! Je voulais surtout éviter le plâtre et les points de sutures pour pouvoir continuer à me baigner :-).

Est-ce que j’ai mal ? Oui! Mais j’ai de la chance, je suis chouchouté par ma petite famille et les voisins (certains sont venus avec des crêpes, une autre voisine infirmière vient tous les soirs me refaire les pansements).

Est-ce que j’en veux au gamin d’avoir tiré ces sacs ? A aucun moment ! Le p’tit con de jeune est beaucoup plus intelligent que ce que je pensais. Mois, vieux con que je suis, avec mes réflexes de métropolitain attaché à un sac contenant ….. 2 t-shirts et un vieux téléphone portable.

Je m’en veux de ma réaction. Déjà ça aurait pu être plus grave. Ensuite, pourquoi est-on autant attaché aux choses matérielles ? Sûrement parce que je n’ai jamais su ce que c’est que de devoir « chercher à manger ». L’instinct de survie devient animal. Ces jeunes n’ont rien,  mis à part des régimes de bananes.

Notre toute petite contribution : on sort les vélos et trottinettes tous les soirs pour les petits mahorais du quartier.

Cette ile est surement beaucoup trop éloignée pour intéresser la métropole, sûrement trop petite pour qu’un tourisme de masse se développe et ainsi donner plus de boulot. Ils quittent leur ile pour aller chercher une vie moins pire ici. Que vont devenir tous ces gens ? Aucune idée…. En espérant qu’ils ne seront pas (trop souvent) renvoyés chez eux.

Article publié il y a 15 Jrs sur Slate.fr :

« Mayotte, cette île qui expulse plus de clandestins que toute la métropole«  »

2 Comments

  1. Bibi dit :

    J espère Jérôme que ça va mieux ta main… c’est vrai qu on entend trop peu parler de Mayotte et notamment des drames des kwasa-kwasas… allez pour la blague j’ai bien aimé le passage où tu dis que tu pars sans réfléchir et que c’est ce que tu fais de mieux! 🙂

  2. papa dit :

    Les chrétiens d’avant (je ne sais pas de quand c’était) considéraient que le vol de nourriture par les affamés n’était pas un péché et n’était donc pas condamnable par les tribunaux d’église.
    Ce qui est catastrophique, et générateur de futurs déséquilibres, c’est qu’aucune association caritative ne prenne en charge massivement ces déséspérés.