
Le 09 Mai dernier a eu lieu la 5° édition du Mahoraid. Qu’est-ce donc que le Mahoraid ? C’est la, THE, Trail à Mayotte : 69 kms du Nord au Sud. Il y a 3 mois j’ai décidé de m’inscrire, pour voir ….. Pour voir quoi ? Voir si je suis capable de courir une telle distance. Sachant qu’au maximum j’ai fait un marathon sur route et, en version trail 35 km. En 1 fois je double la distance (Gloups). Un seul objectif : finir ! La « journée » a commencé par un réveil à minuit. Nuit courte, très courte. Une fois dans ma voiture je découvre 3 post-it avec des messages d’encouragement par les enfants et Pauline. J’adore cette surprise ! Arrivés après 1 hr de trajet en voiture avec la maitresse de Mia (et son mari qui nous y conduit), sur le terrain foot du village de M’sahara, lieu de départ. Malgré la demande de matériels obligatoires (couverture de survie, crème de massage, sifflet etc…) il n’y a aucune vérification des sacs. Je reconnais pas mal de têtes déjà croisées à l’école, lors des entrainements au stade et des courses sur l’ile. 206 personnes au total au départ.
Photo prise à 2 hrs30 du matin avec Matthieu et Mallory, 2 profs du nouveau collège où j’enseigne (merci Sophie pour la photo). Départ prévu à 3 Hrs du matin, on discute de choses et d’autres mais il nous tarde de commencer à courir …
Petit briefing des organisateurs pour nous signaler qu’il y aurait un ravito en moins que ce qui était prévu (gloups)… Avec tout ce que j’ai prévu dans mon sac, j’ai de quoi tenir longtemps (2,5 litres, pompotes, bananes séchées, sandwich au jambon et même des crêpes…surement trop mais dans le doute…).
On allume les frontales, il est 3 Hrs, ça y est le départ est donné :
On se retrouve en file indienne. Comme prévu, les premiers kms sont très lents : on va se prendre 440 Mètres de dénivelé positif sur les 3 premiers kms, ça grimpe beaucoup. On transpire beaucoup, déjà… Premier abandon constaté dans cette montée, déjà …
J’ai fait un prévisionnel de mes temps de passage que j’ai sur moi pendant la course. Je l’ai donné à Pauline qui compte venir me voir aux ravitos, avec les enfants
Les 10 premiers kms se passent comme prévu, en 1H47 soit 3 min de moins que ce que j’avais prévu. Premier ravitaillement dans la colline, éclairé avec un groupe électrogène. Ca fait une super ambiance quand on arrive à la frontale. Je mange quelques morceaux d’orange pour avoir du sucre. J’enlève les cailloux dans mes chaussures, il faut que je préserve mes pieds :-). Puis je repars, même pas 5 min d’arrêt.
Les 16 kms suivants (du 10 au 26kms) je déroule. Très vite je me retrouve tout seul. J’ai constaté que c’était la partie de toute la course où je suis allé le plus vite, comme quoi je me sentais vraiment bien ! Quelques faisceaux de lampe de coureurs 300 mètres devant et d’autres loin derrière. Je préfère être en groupe pour éviter de me perdre mais tant pis, je vais faire avec. A noter un petit problème de frontale : ma lampe est tombée en rade. Heureusement en plus de la batterie, j’avais prévu un jeu de piles (et même une frontale supplémentaire au cas où…) J’ai donc dû demander à 2 coureurs qui se trouvaient derrière moi de m’éclairer au cours de cette petite pause improvisée, Je n’y voyais vraiment rien dans la nuit à cause des nuages très présents. Nous nous sommes même pris quelques gouttes de pluie.
La partie de nuit se passe sans encombre. Assez bien même dans une partie de l’ile que je ne connaissais pas. Jusqu’à ce jour je n’avais jamais couru dans le Nord de l’ile. Lever de soleil mais je ne le vois pas sur la mer, il est derrière moi.
Au 26 ième, grand ravitaillement au BSMA de Combani. C’est le départ et l’arrivée d’une précédente course à laquelle j’avais participé il y a 2 mois (trail de makis, 34kms). Les lieux me sont familiers. J’avais prévu d’y être vers 7H50, trop tôt pour Pauline et les enfants. J’arrive finalement à 6H45, plus d’une heure d’avance sur mon prévisionnel.
Ca va bien, je ne prends pas le temps de m’asseoir : un bol de soupe proposé par les organisateurs, des morceaux d’orange et je repars.
30 ième km : à 7Hrs30 du mat’, je décide d’appeler Pauline pour lui annoncer que j’ai 1H d’avance, elle doit me retrouver au ravito du 36° km. Du 30 au 36, grosse descente technique que j’ai déjà fait une fois dans la boue. Elle est toujours aussi boueuse… obligé de s’accrocher aux lianes pour ne pas trop glisser. Il a sûrement plu quelques heures avant, et les descentes, ce n’est pas mon truc.
36 ième km : ravitaillement de Tsararano. Je n’ai jamais fait plus, à partir de maintenant je suis dans l’inconnu. Cela fait déjà 5H50 que j’ai pris le départ, la fatigue arrive de manière violente. Mais que c’est bon de voir Pauline et les enfants au ravitaillement. Plusieurs familles de copains sont là aussi. Une super ambiance. Je m’assois et récupère. J’ai les pieds trempés suite à la descente dans la boue et 2 passages de rivières. J’avais prévu des chaussettes et chaussure de rechange dans le sac de Pauline mais je décide de ne pas me changer. Plus tard, quand ce sera encore plus dur, je n’en suis que à la moitié. Pauline m’avouera plus tard qu’elle se demandait si je n’allais pas abandonner en me voyant arriver là. Apparemment je n’ai (déjà) pas très bonne mine et un discours qui a perdu de sa positive attitude.
Après une pause de 20 minutes je repars avec Michael, un copain de course. On s’est découvert au trail des makis et on a constaté que l’on courait à la même vitesse. Il a déjà fait le Mahoraid, en 13H30 et j’ai regardé ses temps pour élaborer mon prévisionnel. Bien sympa de se retrouver. Du coup toute la première partie se fait ensemble, essentiellement en marchant, c’est sympa il parle. Ca me fait de la compagnie et permet de ne plus penser à mes pieds et aux douleurs qui commencent à arriver : le genou et mon mal au bide dès que je cours. On part d’une altitude de 20Mètres pour arriver à 628 mètres au sommet du mont Bénara (ce qui fera déjà 2000M de dénivelé positif depuis le début de la course). Juste avant la dernière partie qui monte dur pendant 1/2Heure, petit ravitaillement. Encore une super ambiance. J’en profite pour demander à mettre un Compeed sur une grosse ampoule au pied gauche. Je sens que la suite va être dure. Le prochain ravitaillement ne sera que dans 20km.
46 ième km : J’arrive au sommet du Bénara et je constate que je suis monté pile dans les temps que je m’étais fixés. Il est 11 Heures du matin, 8 heures qu’on est parti.
La descente est encore plus technique que ce que j’imaginais, des passages avec une chaîne pour se tenir. Très glissant, sûrement à cause de la pluie. Dans la montée j’ai doublé 3-4 personnes qui me rattrapent dans cette descente. Les 10 km de descente sont durs, très durs. Je perds du temps sur mon prévisionnel, plus de 15 minutes en 10 km.
Il commence à faire chaud, plus de 34°C ça remonte et peu d’ombre. A 2 kms du ravitaillement je souffre trop de la chaleur et commence à me sentir déshydraté, fatigué. L’eau avalée ne me rafraîchit plus, j’essaye de manger un morceau de mon sandwich au jambon mais je n’y arrive plus. Même boire est difficile mais je m’y oblige : eau, pompot et Isostar. Je m’assois sur un rocher et fait une petite pause, je m’accorde 5 minutes de repos. Ca me fait du bien. Je repars pour 2 km qui me paraissent très longs. Malgré mon mal au ventre j’essaye de reprendre la course. J’avais lu dans un bouquin que dans les grands trails, tu as forcément mal quelque part mais que si tu arrives psychologiquement à passer outre après tu ne ressens plus cette douleur. J’essaye de me concentrer sur ce que j’ai lu. Malgré tout mon moral n’est pas terrible.
56 ième km : Il est 13H25, 10H25 d’effort. Quel bonheur de voir Pauline et les enfants au ravitaillement de Chirongui. Ca me redonne le sourire. Pas encore la frite mais déjà un sacré sourire. Je m’allonge par terre. Pauline me donne du doliprane et du spasfon contre mon mal de ventre toujours bien présent. Un médecin vient prendre mon pouls en voyant mon état et constate que tout est normal, cool! Je prends du temps pour me poser, me réhydrater. Ce même médecin me pose plusieurs compeed sur mes ampoules (plusieurs à chaque pied), j’en profite pour changer de chaussettes et de chaussures.
Je me suis arrêté une demi heure. Il n’est plus question de prévisionnel Vs Réel, de temps au km. Un seul objectif : essayer de finir, Il me reste 14 km. Cela peut faire plus de 4 Hrs si je n’arrive plus à courir. Mais je repars, un peu plus en forme que je suis arrivé. Avec mes pieds bien protégés et surtout de nouvelles chaussettes et chaussures. Le moral remonte, j’arrive à courir. Je sais en plus qu’au prochain ravito, dans 7 kms il y aura Matthieu, un bon copain qui m’attend pour faire avec moi la dernière partie jusque’à la ligne d’arrivée. Je trottine sur le plat mais continue à marcher dès que ça monte un peu, je n’arrive pas trop à boire. Dès que je lève trop la jambe, je sens des crampes mais mes genoux et mon ventre me font moins mal.
62 ième km : Il est 14H45 quand j’arrive au ravito de Choungui. Il ne devait y avoir que Matthieu mais finalement il y a aussi Pauline et les enfants qui m’ont fait la surprise d’être encore là, que du bonheur ! Je sais maintenant que c’est sûr, je vais finir, grâce à eux et grâce à Matthieu. Il m’avouera après coup avoir été assez impressionné par ma tête en me voyant arriver. Je m’assois sur une chaise, me pose un peu et mange des fruits et bois du coca.
C’est reparti pour les 8 derniers kms, je sais qu’il va encore y avoir une bonne montée dixit un coureur que j’ai croisé. Mais sur 150 mètres, qu’il m’a dit. J’ai un bon moral car super content d’être avec Matthieu. Je lui avais demandé et il est là. C’est vraiment génial de pouvoir compter sur lui pour ce final. Je suis devant pour donner le rythme, on marche très souvent et court un peu. Il me passe dans la montée pour m’aider, elle fait plus de 150 m, quasiment 1 km. En fait c’est 150 mètres …. de dénivelé positif (re-re-gloups). Elle devrait être facile en temps normal mais là …. grâce à Matthieu je tiens le rythme. Trop fort mon coach, il sait dire les mots au bon moment pour encourager, pas trop, juste ce qu’il faut.
3 derniers kms : 2 kms de route et 1km sur la plage. Je marche sur une partie de la route et sur le début de la plage. On se fait doubler par 2 personnes. Mais ça m’est égal, je veux juste finir. Une fois sur la plage Pauline et les enfants sont là. Arthur et Mia courent avec moi jusqu’à l’arrivée. TROP BON, JE L’AI FAIT en 13 H 00 MIN 24 SEC!!!!! 68ième sur 160 finishers. Plus de 40 abandons pendant la course.Une demi heure de moins que ce que j’avais prévu, sur la dernière partie je reprends 23 min grâce à mon super coach du jour.
« Merci d avoir mis toutes ces photos »louisa
« Bravo Jérôme, respect » eric
« Ah ah rha mmmmm » Charlie
« Génial cet article, on vit la course avec vous! » Claire
Quelle épreuve et quelle volonté ! le journal de ta course et les photos sont super. On voit la souffrance, le dépassement mais aussi le rôle décisif de ceux qui encouragent et qui soutiennent. La récupération complète doit prendre plusieurs semaines. Merci pour tout ça
Eh ben, pour queleu’un qui n’aimait pas courir il y a moins de 5 ou 6 ans! Bravo.
Bises.
Super article pour une course gérer admirablement bien! Good work dude!