Petits Gavroches

By mayotte, juin 19, 2015

De la postérité de Gavroche à Mayotte…

Bien souvent cette année je me suis sentie à côté. A côté du niveau de mes élèves, de leurs attentes, de leur réalité.

Les Misérables. Je me lance dans l’étude de cette oeuvre gigantesque par extraits. Allons-y pour le passage où Cosette va chercher de l’eau dans la nuit, seule, en portant un seau aussi lourd qu’elle. Mes élèves me regardent, les yeux ronds. En même temps que je lis en essayant de transcrire le souffle hugolien, je revois l’image de ces petits qui vont et viennent près de la maison, leurs bidons d’eau juchés sur leurs têtes pour disparaître dans le dédale des bangas.

Dans une brillante idée de mise en réseau, je leur lis le poème Mélancholia « Mais où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? / Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules? » Et alors, madame, quel est le problème ? Là aussi, je revois tous ces enfants qui cheminent seuls le long des routes, des petits bouts de chou à peine plus âgés que Mia qui parfois tiennent par la main un petit frère ou une petite soeur.

Je continue une séance de vocabulaire sur la misère digne des plus belles séquences pédagogo enseignées. Arrêtons-nous sur le mot « va-nu-pied » employé par Hugo. Cette fois-ci mes élèves ne me regardent plus mais regardent leurs pieds. La plupart sont chaussés pour l’école de tongs trop petites ou trop grandes. Il n’est pas rare de voir les garçons porter des tongs à paillettes roses de leurs soeurs. Certains n’ont carrément pas de chaussures. Presque tous se déchaussent pour venir au tableau.

Bon, je poursuis avec le personnage de Gavroche. Alors là, succès assuré. Un Gavroche en mahorais est un petit voyou qui vit dans la rue, m’apprennent-ils. Au vu de leur réaction, c’est un mot souvent employé. Ca alors, Gavroche est plus célèbre que Cosette de ce côté-ci du globe!

Ils s’attachent à ce gamin et ce dialogue leur plaît  « Quand il entrait, on lui demandait « D’où viens-tu ?. Il répondait : « De la rue ». Quand il s’en allait, on lui demandait « Où vas-tu ? » Il répondait: « Dans la rue. » Je les regarde. Lesquels d’entre eux sont des petits Gavroches ? que vivent-ils chez eux ?

Après un mois de duels entre Jean Valjean / Javert revus à la façon de l’affrontement entre De Niro / Al Pacino dans Heat de Michael Man, l’intérêt semble sincère chez les élèves pour ces personnages du XIX°s. Pas si éloignés d’eux, peut-être très proches d’eux au contraire. Universels. Et puis Hugo, son souffle, sa phrase, son imagination, ça marche toujours. Mais, dans le fond, qu’en pensent mes élèves? Il reste pour moi un malaise parfois, le sentiment que beaucoup de choses m’échappent encore…

2 Comments

  1. papa dit :

    Paulin, ton texte est magnifique, ton style pur me plait beaucoup. Alors merci d’écrire !

  2. Bibi dit :

    Je compatis pour les moments de solitude en classe… tu te rappelles on avait lu que pour lr magasine Lire Hugo est The auteur français. .. la preuve même à Mayotte en 2015…