La mariée était en rouge

By mayotte, juin 19, 2015

Fatima nous invite au mariage de son fils. Touchés par l’invitation, nous acceptons avec joie et beaucoup d’interrogations. La tenue ? le déroulement ? le lieu ? En fait, ce mariage est organisé en quinze jours après de nombreuses péripéties. Enfin les 2 jeunes gens s’aiment et la dot est conclue. Fatima se démène entre la belle-famille et la famille de son fils. Ce dernier est arrivé chez elle en CM2. Il a maintenant 23 ans et passe son bac. Elle l’a élevé comme ses enfants. Cette générosité lui ressemble tant. Mais cela n’empêche pas les complications et les rivalités entre familles, voire même cela les multiplie. J’essaie de suivre leurs histoires de famille mais je décroche très vite.

Le mariage a lieu le dimanche 14 juin, avant le Ramadan. Fatima nous fait porter un salouva pour Mia et moi. Ma puce est trop mignonne. Jérôme et Arthur nous rejoindront plus tard et iront directement avec les hommes. Mia et moi arrivons à temps pour le défilé dans le village de Majicavo. A la tête du cortège, son fils, lunettes noires, canne et turban pour marquer son statut. Il parade sous un parapluie. Des femmes portent des plateaux emballés dans du papier transparent et nous accompagnons le cortège en tapant sur des morceaux de bois. La petite dernière de Fatima est très affairée et m’explique ce qui se passe. Nous allons et venons dans la rue de ce petit village d’où viennent la plupart de mes élèves et où se trouve l’un des plus importants bidonvilles. Certains sont surpris de me voir en salouva.

Après avoir accompagnés les hommes dans la maison du marié, nous nous glissons dans un passage étroit entre 2 bangas. Là je découvre un peu effarée une terrasse décorée de nappes pour cacher le décor misérable, où toutes les femmes s’entassent sur des nattes à même le sol. Fatima est très prévenante avec nous et tient à ce que je sois bien assise. Nous sommes tellement serrées que nous ne pouvons pas étendre les jambes. Les plateaux de repas arrivent. On nous sert du pilao, des samossas, de la salade. Fatima s’alerte si nous ne mangeons pas. Des palettes de canette venant de Dubaï sont posées à côté de nous.

Tout à coup le repas est fini et je vois les restes des repas disparaître à la va-vite dans les sacs à main. Je suis mal à l’aise. Leur hâte me laisse penser que ce sera le repas du reste de la famille. De la mariée, toujours pas de trace. Elle est isolée. Il faudra payer pour danser le m’biwi avec elle. Puis tout à coup arrivent des sachets. Les femmes s’en emparent et font des petits sacs qu’elles remplissent de canettes. Des sacs de cadeaux nous sont offerts. Ils contiennent des beignets et les fameuses canettes. La fête enchaîne. Quelques femmes se lèvent pour danser en remuant du popotin. Fatima vient nous épingler sur le salouva et les cheveux du jasmin blanc, porte-bonheur.

Je comprends que la mariée est arrivée. Vêtue d’un salouva rouge, elle est magnifique.

Chaque femme défile devant elle pour danser quelques pas, l’embrasser et déposer un billet sur un plateau. Le marié et les hommes nous rejoignent rapidement. J’essaie de remuer noblement du postérieur. Il paraît que je ne m’en sors pas trop mal. Mia commence à en avoir assez. Il faut dire que l’ambiance commence à monter. Une des boueni rentre en transe. On lui verse de l’eau, on la soutient, on l’évacue. Bientôt c’est au tour de Fatima de rentrer en transe. Mais je remarque qu’elle contrôle quand même.

Mia râle de plus en plus car je prends des photos. Je suis la seule avec un appareil photo. Quelques smartphones immortalisent le mariage mais c’est tout. Les grands mariages qui durent 2 ou 3 jours sont filmés de bout en bout et les enregistrements sont montrés à tout le monde. Aujourd’hui le mariage est modeste mais il est fait dans les règles. Fatima nous reçoit avec toute sa gentillesse et nous sommes très honorés. Le mariage est plus drôle pour les femmes que pour les hommes : Jérôme et Arthur sont rentrés depuis longtemps mais Fatima était très fière qu’ils soient venus. Elle considère Arthur aussi comme son « fils ». Ils étaient les seuls hommes m’zungus (blancs). Vers 17 h, la noce se disperse. Etourdie, touchée, un peu gênée aussi… Fatima nous a permis d’entrouvrir la porte d’une vie que nous côtoyons sans la connaître vraiment.