Regards sur une autre culture

By mayotte, août 22, 2016

La population à Mayotte est à 95% de confession musulmane. Ce seraient des sultans chiraziens qui auraient introduit l’islam à Mayotte au 12° siècle. A Tsingoni se trouvent la plus vieille mosquée en activité en France  et les tombes chiraziennes.

Mais l’islamisation de la population est assez récente. Les rites païens sont encore fréquents. La croyance populaire dans les djinns (les esprits) donne notamment du fil à retordre à tous les profs de l’île. Régulièrement des élèves font des « crises de djinns ». C’est assez impressionnant. L’élève entre en transe ou alors devient complètement mou. Puis tout d’un coup, ça passe et elle (car ce sont presque toujours des filles) reprend les cours.  Au début j’étais exaspérée d’autant que ces crises sont assez contagieuses et provoquent attroupement et émotions parmi les élèves. Si c’est plus grave, il faut alors la désenvoûter voire envisager une prière pour désenvoûter le collège si la contagion a pris de trop grandes proportions.

Il faut dire qu’à Mayotte, on a recours souvent aux prières pour protéger les infrastructures publiques. il y’a 4 mois, le collège a été victime de vols réguliers. Tous les week end, des salles ont été fracturées jusqu’à la salle des profs où tous les ordinateurs ont été volés. Un droit de retrait a été exercé et une grande assemblée s’est tenue sous le préau avec les représentants du Vice-rectorat, le personnel du collège et les parents d’élèves. Ceux qui voulaient prenaient la parole. Mais la plupart des discours se faisaient en shimaoré (plus ou moins traduit par des collègues). A un moment donné, un mogné (un homme) est venu prendre la parole et tout le monde s’est levé, très solennel. Dans le contexte des attentats et cie, je me suis dit, « on va chanter une petite Marseillaise ». Et non, c’était une prière pour protéger le collège et faire cesser les vols ! J’étais très surprise. Sous la devise liberté, égalité, fraternité et le drapeau français, nous étions en train de faire une prière tout à fait sérieusement…Si bien que quand la population a organisé des grandes prières collectives pour mettre fin aux violences sur les routes, j’ai trouvé ça presque naturel…

La laïcité à Mayotte n’est pas vécue de la même façon qu’en métropole. Il y’a beaucoup moins de crispations, notamment sur la question du voile à l’école. Nos élèves sont voilées. Mais il y a peu de « chaoulettes » comme les appellent les élèves, c’est-à-dire de jeunes filles très religieuses portant le niqab (voile qui couvre entièrement le visage) ou abordant un hidjab (voile couvrant les cheveux, le cou et les oreilles). Ce voile n’est porté qu’à l’école coranique et ne serait pas accepté au collège. Par contre, il y a tout un art de porter le châli, qui est plus traditionnel que religieux. D’ailleurs une élève qui est voilée un jour, peut venir avec une coupe afro du plus bel effet le lendemain. Ce qui fait qu’il faut du temps pour les reconnaître au début de l’année. Différentes façons de porter le châle:

Au collège les garçons n’ont pas le droit de porter le costume traditionnel ni le kofia brodé. Ils sont venus ainsi pour la fête de l’élégance

Nos élèves vont à l’école coranique en plus de l’école publique. Pendant les vacances, les parents les expédient chez le fundi (le maître) pour apprendre les versets du Coran. Certains font l’école buissonnière surtout à l’adolescence. Mais beaucoup sont vraiment pris en charge par les madrassas (école coranique). Ils apprennent des versets en arabe, langue qu’ils ne comprennent pas (même si l’option arabe commence à être proposée dans les collèges et lycée).

Chaque école coranique organise des récitations. Les enfants viennent réciter devant l’assemblée des parents sous un préau monté pour l’occasion avec des bambous et décoré par des feuilles de palmes tressées. Quand l’enfant a fini de réciter, sa maman très fière vient lui donner quelques billets et en déposer dans une valise pour l’école. Commencée en fin d’après-midi, la récitation dure très longtemps avec cette façon très particulière de psalmodier les versets.

6 mois après notre arrivée, nous avons ont été invités à la ……. circoncision du fils d’un des gardiens. Uniquement les hommes de notre résidence !

Tous les hommes à la prière et au repas, préparé par … les femmes. Nous étions les seuls M’Zoungou invités. Nous avons été reçus comme des princes, des rois ! Repas délicieux, servi avant tout le monde, à même le sol dans la pièce salon-chambre etc….

Puis vient le tour de la prière : Tous les hommes de tous ages sont invités devant l’entrée, au milieu de la boue du jardin, à une grande prière :

Circoncision_ - 4

 

C’est une sacrée fierté d’avoir été invité à cette fête musulmane. Mais en même temps on était en décalage complet :

– décalage dans la relation homme- femme (nous n’avons vu que les hommes manger),

– décalage dans la relation avec les « blancs ». Nous avons été reçu ainsi grâce (ou à cause) de notre couleur de peau.

– décalage dans la « fête religieuse ». Que de souffrance en regardant ce petit garçon se faire couper son petit bout de zizi sans anesthésie, aucun médicament. Quel en est l’intérêt ?

Ensuite ils ont « laissé » petit garçon allongé sur un lit, souffrir et recevoir des offrandes. Puis tout le monde s’est mis à danser. Pour la première fois hommes et femmes mélangés.

On repart de cette « fête » bouleversé, avec beaucoup de questions. Plusieurs nuits d’insomnies. Et en même temps, c’est « ça » aussi leur vie. Il serait trop facile de juger une culture si différente.