
Veille des vacances, on termine le trimestre en beauté, avec un moment de poésie. Un illustrateur, Fred Theys, a posé son sac à dos à Mayotte pour une semaine.

Il est le créateur de petits personnages noirs et blancs appelés Les Zazous. Un peu de peinture à l’eau blanche pour le corps, de l’encre de Chine pour les membres et la tête. D’une apparente simplicité. Ils ont un air un peu lunaire et me font penser aux gamins mahorais vêtus de leur kandzu (grande robe de prière) qui surgissent le vendredi pour se rendre à la mosquée. A Madagascar, dans les paillotes sur le plages, je rencontre des lointains cousins des zazous, de personnages noirs et blancs, longilignes, vendus pour les touristes.
Pourtant Fred Theys n’est pas mahorais et vient de La Réunion où il vit depuis 15 ans. Il a conçu des spectacles interactifs. Il dessine, le public invente l’histoire, et l’album se crée sous ses yeux. A l’aide d’une petite caméra fixée au-dessus de sa table à dessin portative, la vignette de 15 cm de côté est projetée sur écran. A chaque nouvelle vignette, le public fait des propositions qui sont discutées et votées. Parfois, il est accompagné de musiciens et se laisse porter par la musique.

Il était une fois un homme et un oiseau…Fred Theys part invariablement de la même vignette. Et par magie, les propositions des élèves prennent vie. Les mains de Fred Theys courent sur l’écran, le geste est rapide et précis. Quelques coups de pinceaux et notre Zazou s’envole pour suivre l’oiseau dans les nuages. Pour gagner en efficacité, Fred Theys arrive avec des vignettes préparées comportant des paysages comme une montagne, un nuage, un lac… Les élèves arrivent à le déstabiliser et lui demandent…des gobelins ! Il ne sait pas les dessiner. Qu’à cela ne tienne le monde magique inventé par les élèves se peuplera de monstres cornus, d’un ange et d’une licorne. Au cours des 300 spectacles qu’il a déjà faits, il n’a jamais eu 2 fois la même histoire. Mes 5°3 qui sont un peu rêveurs, proposent une fin qu’il n’a encore jamais rencontrée : ce voyage dans les nuages n’était qu’un rêve du zazou endormi sous un arbre. Le titre est à leur image: « L’homme rêveur ».
Fred Theys nous laisse les 12 vignettes dessinées. Il a été d’une grande disponibilité, à l’écoute de chaque élève. L’organisation lui impose un rythme intense pour parcourir l’île. Je le raccompagne à la barge car il doit intervenir à Petite Terre. Contrairement à l’aller, quand je suis allée le chercher à son hôtel, je ne coince pas un plot de signalisation de travaux sous la voiture en roulant dessus (qu’il a dû aller dégager) et la voiture n’a pas calée (la Picasso ne supporte plus le climat et les voyants deviennent fous). Taxi Popo ou comment mettre les mains dans le camboui !